Face à l’océan en situation de survie, la tentation est grande de faire bouillir l’eau de mer pour en boire une gorgée « stérile ». Pourtant, cette idée reçue peut s’avérer dangereuse : bouillir ne signifie pas dessaler. Cet article vous explique pourquoi l’eau de mer, même bouillie, déshydrate les humains, comment certains animaux marins parviennent à s’en sortir, et quelles méthodes simples permettent réellement de produire de l’eau douce à partir d’eau salée. Vous découvrirez également pourquoi la préservation des réserves d’eau douce reste un enjeu crucial face au changement climatique, malgré l’existence de techniques de dessalement industriel.
Faire bouillir l’eau de mer la rend-elle potable ? La réponse est non
Non, faire bouillir l’eau de mer ne la rend pas potable. L’ébullition stérilise efficacement l’eau en éliminant les bactéries, virus et protozoaires (neutralisés à partir d’environ 70°C), mais le sel reste entièrement dissous dans l’eau. Le sodium et les autres minéraux ne s’évaporent pas avec la vapeur d’eau ; ils demeurent concentrés dans le récipient d’origine.
Boire cette eau « stérile » mais salée ne résout donc aucun problème : vous absorbez toujours une solution hautement salée, totalement impropre à l’hydratation humaine. Pour rendre l’eau de mer véritablement potable, il est indispensable de séparer physiquement le sel de l’eau, ce que l’ébullition seule n’accomplit jamais.
La solution domestique ou de terrain efficace, c’est la distillation : on chauffe l’eau salée, on capte la vapeur (qui, elle, est dépourvue de sel), puis on condense cette vapeur pour récupérer de l’eau douce dans un récipient séparé. Sans cette étape cruciale de récupération et condensation, vous ne faites que chauffer une eau qui restera dangereusement salée.
À retenir absolument : bouillir = désinfecter, distiller = dessaler. Confondre ces deux procédés peut vous conduire à une déshydratation rapide et potentiellement mortelle, particulièrement en contexte d’exposition à la chaleur ou en mer, où chaque gorgée d’eau salée aggrave le déficit hydrique au lieu de le corriger.
Pourquoi boire de l’eau de mer déshydrate-t-il les humains ?
La raison est purement physiologique : notre système rénal a des limites strictes. L’eau de mer contient environ 3,5 % de sel, soit une salinité bien supérieure à celle de notre sang. Pour maintenir un équilibre hydrosodé compatible avec la vie, l’excès de sodium ingéré doit être impérativement éliminé par les reins via l’urine.
Le problème majeur ? L’être humain ne peut pas produire une urine plus salée que son propre plasma sanguin. Résultat : pour expulser tout le sodium avalé avec l’eau de mer, les reins sont obligés de mobiliser davantage d’eau douce que le volume initialement bu. Ils puisent alors cette eau dans les liquides corporels existants.
Concrètement, le volume d’urine nécessaire pour éliminer le sel devient supérieur à la quantité d’eau ingérée, et la déshydratation s’installe inévitablement. Si elle se prolonge, l’organisme réagit par une augmentation de la fréquence cardiaque et une vasoconstriction pour préserver les organes vitaux, au prix d’une diminution dangereuse de l’irrigation générale. À terme, le risque est la défaillance multi-organes.
En clair, boire de l’eau de mer, même bouillie, revient à ajouter une charge saline impossible à éliminer sans perdre encore plus d’eau : un cercle vicieux potentiellement mortel. Cette réalité biologique explique également pourquoi la pénurie d’eau douce, exacerbée par le changement climatique (fonte des glaciers, assèchement des rivières et lacs), constitue une crise sanitaire majeure pour l’humanité et de nombreux mammifères terrestres.
Pourquoi certains animaux peuvent-ils boire de l’eau de mer alors que nous ne le pouvons pas ?
Plusieurs espèces marines disposent d’adaptations physiologiques remarquables que les humains ne possèdent pas. Les oiseaux marins (goélands, albatros, pétrels) sont équipés de glandes à sel spécialisées qui extraient activement le sodium de leur organisme et le rejettent par le bec ou les narines.
Chez les phoques et otaries, l’urine peut être considérablement plus salée que celle de l’humain — jusqu’à 2,5 fois plus concentrée que l’eau de mer elle-même, soit 7 à 8 fois plus salée que leur propre sang. Cette capacité rénale exceptionnelle à concentrer les solutés leur permet de boire occasionnellement de l’eau salée sans danger.
Les mammifères marins (baleines, dauphins, lamantins) ingèrent probablement une certaine quantité d’eau de mer, mais leur bilan hydrique repose sur plusieurs mécanismes complémentaires : anatomie rénale optimisée (boucles de Henle plus longues chez le lamantin favorisant la réabsorption d’eau), eau alimentaire issue de leurs proies (certaines otaries de Californie couvrent l’intégralité de leurs besoins en ne consommant que du poisson), et eau métabolique produite par l’oxydation des graisses et glucides.
À l’inverse, l’être humain n’obtient qu’environ 20 % de son eau via l’alimentation : nous ne pouvons absolument pas compter sur nos repas pour couvrir 100 % de nos besoins hydriques quotidiens. Conclusion : ce qui est physiologiquement possible chez des espèces hautement adaptées (glandes à sel, reins ultra-concentrants, stratégies alimentaires spécialisées) reste impossible et dangereux pour nous. Boire l’eau de mer demeure mortel pour l’être humain.
Quelles méthodes simples permettent de dessaler l’eau de mer ? (cuisine, solaire, survie)
Le principe fondamental commun à toutes les méthodes est la distillation : évaporation de l’eau salée, condensation séparée de la vapeur pure, puis récupération d’eau douce. Plusieurs montages accessibles et efficaces existent.
En cuisine domestique, vous pouvez placer un verre vide au centre d’une casserole contenant un peu d’eau de mer, puis poser le couvercle à l’envers au-dessus. La vapeur se condense sur le couvercle froid et dégoutte directement dans le verre collecteur (veillez à ne laisser aucune éclaboussure d’eau salée y pénétrer).
Au soleil (distillateur solaire ou « solar still »), disposez de l’eau salée dans un bol large, positionnez un verre au centre, puis couvrez l’ensemble d’un film plastique transparent incliné vers le verre collecteur. L’évaporation solaire suivie de la condensation sur le plastique fournit de l’eau douce goutte à goutte. Méthode lente et dépendante de l’ensoleillement, mais ne nécessitant aucune énergie.
En mode survie, vous pouvez improviser un alambic solaire enterré : creusez une fosse d’environ 1 mètre carré, placez un récipient collecteur au centre, garnissez éventuellement de végétation humide pour augmenter l’évaporation, puis couvrez d’une bâche plastique pondérée au centre et inclinée vers le récipient. Rendement modeste (environ 1 litre par jour par belle journée ensoleillée), mais zéro combustible nécessaire.
Variante plus rapide : la distillation chauffée avec une marmite, un tube condenseur improvisé et un récipient de collecte séparé. La vapeur sort par le tube, refroidit au contact de l’air ou d’eau froide, et s’égoutte sous forme d’eau douce pure, tandis que sel et impuretés restent concentrés dans la marmite initiale.
Bonnes pratiques essentielles : filtrez grossièrement l’eau de mer à travers un tissu pour éliminer les débris visibles, assurez l’étanchéité de votre montage pour maximiser le rendement, évitez absolument toute re-contamination de l’eau distillée par des projections salées, et laissez toujours refroidir l’eau avant de la consommer.
Ces techniques de dessalement artisanal restent précieuses en situation d’urgence, mais rappellent également l’importance cruciale de préserver nos réserves naturelles d’eau douce face aux défis du changement climatique.






